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    Krishnamurti
    Le Livre de la Vie

    Extrait du livre (pour le livre complet, téléchargez le PDF)

    Krishnamurti - The Book Of LifeChapitre 12

    1 Décembre

    Il y a de la beauté à être seul

    Je ne sais si vous avez déjà été seul ; vous réalisez soudain que vous n'êtes plus en relation avec personne, qu'il ne s'agit pas d'un constat intellectuel, mais de la constatation d'un fait réel... et vous êtes complètement isolé. Toute forme de pensée, d'émotion, est bloquée ; vous n'avez nulle part où aller, personne vers qui vous tourner ; les dieux, les anges, ont tous fui par-delà des nuages, et, comme les nuages, se sont évanouis. Vous avez un sentiment d'isolement total – je n'emploierai pas le mot solitude.

    La solitude a une tout autre saveur: il y a de la beauté à être seul. Être seul a un tout autre sens. Et il faut être seul. Quand l'homme se libère de l'expression sociale de son envie, de son ambition, de son arrogance, de sa réussite, de son statut – quand il se libère de tout cela, c'est alors qu'il est complètement seul. Et c'est tout autre chose. Alors est une immense beauté, alors est la sensation d'une immense énergie.

    Extrait du livre : CW, vol. XV, p. 32

     

    2 Décembre

    La solitude n'est pas l'isolement

    Bien que nous soyons tous des êtres humains, nous avons érigé entre nous et nos voisins des murailles qui ont pour nom le nationalisme, les distinctions de race, de caste et de classe – et qui sont autant de sources d'isolement, de solitude.

    Or, l'esprit qui est figé dans la solitude, dans cet état d'isolement, ne pourra jamais comprendre ce qu'est la religion. Certes, il peut croire, il peut avoir certaines théories, certains concepts ou formules, il peut essayer de s'identifier avec ce qu'il nomme Dieu ; mais il me semble que la religion n'a absolument rien à voir avec les croyances, les prêtres, les églises, les livres prétendument sacrés. L'état de cet esprit religieux ne peut être compris que lorsque nous commençons à saisir ce qu'est la beauté ; et l'approche de cette compréhension de la beauté ne peut que passer par la solitude totale. Ce n'est que lorsque l'esprit est complètement seul – et dans nul autre état – qu'il peut savoir ce qu'est la beauté.

    La solitude n'est évidemment pas l'isolement, et ce n'est pas non plus l'unicité. Être unique n'est rien d'autre, en un sens, que d'être exceptionnel, alors qu'être complètement seul demande une sensibilité, une intelligence, une compréhension hors du commun. Être complètement seul suppose que l'esprit soit libre de toute espèce d'influence, et ne soit donc pas contaminé par la société ; et il faut que l'esprit soit seul pour pouvoir comprendre ce qu'est la religion – qui consiste à trouver par ses propres moyens s'il existe une chose qui soit immortelle, au-delà du temps.

    Extrait du livre : CW, vol. XIV, p. 220

     

    3 Décembre

    Connaître la solitude

    Le sentiment d'isolement est tout à fait différent de la solitude. Il faut dépasser ce sentiment pour pouvoir être seul. L'isolement ne peut être comparé à la solitude. L'homme qui connaît l'isolement ne peut jamais connaître cela même qu'est être seul. Êtes-vous dans cet état de solitude? Nous n'avons pas l'esprit suffisamment intégré pour être seuls. Le processus même de l'esprit est séparateur. Et tout ce qui sépare connaît l'isolement.

    La solitude, en revanche, n'est pas séparatrice. C'est quelque chose qui n'est pas multiple, qui n'est pas influencé par ce qui est multiple, qui n'est pas le résultat de la multiplicité, qui n'est pas construit de toutes pièces, comme l'est l'esprit ; car l'esprit est de l'ordre du multiple. L'esprit n'est pas une entité qui est seule, puisqu'il a été construit, élaboré, fabriqué au fil des siècles. L'esprit ne peut jamais être seul. Mais c'est dans la prise de conscience de l'isolement, dans les moments où l'esprit le subit, qu'éclôt cette solitude. Alors seulement peut être l'immesurable. Mais, malheureusement, nous sommes presque tous en quête de dépendance. Nous avons besoin de compagnons, d'amis, nous voulons vivre dans un état de séparation, un état qui donne lieu aux conflits. Tandis que cela même qui est seul ne peut jamais être en état de conflit. Mais notre esprit ne peut jamais percevoir cette chose, ne peut jamais la comprendre, il ne peut connaître que l'isolement.

    Extrait du livre : CW, vol. VI, p. 312

     

    4 Décembre

    C'est dans la solitude qu'est l'innocence

    Le sentiment d'isolement est tout à fait différent de la solitude. Il faut dépasser ce sentiment pour pouvoir être seul. L'isolement ne peut être comparé à la solitude. L'homme qui connaît l'isolement ne peut jamais connaître cela même qu'est être seul. Êtes-vous dans cet état de solitude? Nous n'avons pas l'esprit suffisamment intégré pour être seuls. Le processus même de l'esprit est séparateur. Et tout ce qui sépare connaît l'isolement.

    La solitude, en revanche, n'est pas séparatrice. C'est quelque chose qui n'est pas multiple, qui n'est pas influencé par ce qui est multiple, qui n'est pas le résultat de la multiplicité, qui n'est pas construit de toutes pièces, comme l'est l'esprit ; car l'esprit est de l'ordre du multiple. L'esprit n'est pas une entité qui est seule, puisqu'il a été construit, élaboré, fabriqué au fil des siècles. L'esprit ne peut jamais être seul. Mais c'est dans la prise de conscience de l'isolement, dans les moments où l'esprit le subit, qu'éclôt cette solitude. Alors seulement peut être l'immesurable. Mais, malheureusement, nous sommes presque tous en quête de dépendance. Nous avons besoin de compagnons, d'amis, nous voulons vivre dans un état de séparation, un état qui donne lieu aux conflits. Tandis que cela même qui est seul ne peut jamais être en état de conflit. Mais notre esprit ne peut jamais percevoir cette chose, ne peut jamais la comprendre, il ne peut connaître que l'isolement.

    Extrait du livre : CW, vol. VI, p. 312

     

    5 Décembre

    Celui qui est seul est innocent

    L'une des sources de la souffrance de l'homme est son immense solitude. Vous pouvez avoir des compagnons, des dieux, posséder des quantités de connaissances, vous pouvez être formidablement actif socialement, et bavarder sans fin de politique – d'ailleurs, la plupart des politiciens sont des bavards –, ce sentiment de solitude n'en demeure pas moins. C'est pourquoi l'homme cherche un sens à la vie et lui invente une signification, un sens. Mais la solitude demeure. Pouvez-vous donc regarder cette solitude, sans comparaison, la voir simplement telle qu'elle est, sans essayer de la fuir, sans chercher à la camoufler, ou à lui échapper? Alors vous verrez que la solitude devient quelque chose de tout à fait différent.

    Nous ne sommes pas seuls. Nous sommes le résultat de mille influences et conditionnements, de mille héritages psychologiques, de mille formes de propagande et de culture. Nous ne sommes pas seuls, nous sommes donc des êtres humains de seconde main. Lorsqu'on est seul, totalement seul, qu'on n'appartient à aucune famille, bien qu'on puisse en avoir une, à aucune patrie, à aucune culture, qu'on n'est lié par aucun engagement particulier, surgit alors cette impression d'être un étranger – étranger à toute forme de pensée, d'action, de famille, de patrie. Et n'est innocent que celui qui est complètement seul. C'est cette innocence qui libère l'esprit de la souffrance.

    Extrait du livre : CW, vol. XVII, p. 184

     

    6 Décembre

    Créer un monde nouveau

    Si vous devez créer un monde nouveau, une civilisation nouvelle, un art neuf, un univers où tout soit neuf, où rien ne soit contaminé par la tradition, par la peur, par les ambitions, si vous devez créer quelque chose d'anonyme qui appartienne à vous et à moi, une nouvelle société dans laquelle il n'y ait plus ni vous ni moi, mais un « tout-nôtre », l'esprit ne doit-il pas être complètement anonyme, et par là même seul? Cela suppose, n'est-ce pas, une nécessaire révolte contre le conformisme, contre la respectabilité, car tout homme respectable est un homme médiocre, puisqu'il a des besoins: il dépend, pour être heureux, de certaines influences, il est dépendant de l'opinion de ses voisins, de ce que pense son gourou, ou de ce disent la Bhagavad-Gîtâ, les Upanishads, la Bible ou le Christ. Son esprit n'est jamais seul. Jamais il ne va seul, il a toujours un compagnon de marche, la compagnie de ses propres idées.

    N'est-il pas capital de découvrir, de voir toute la portée de ces interférences, de ces influences, de voir comment s'instaure le « moi », qui est la contradiction de l'anonyme? En constatant tout cela, n'est-il pas inévitable que l'on veuille savoir s'il est possible de susciter un tel état d'esprit – un esprit qui ne soit influencé ni par ses propres expériences ni par celles des autres – un esprit incorruptible et seul? Alors, et alors seulement, existe une possibilité de créer un monde différent, une culture différente, une société différente, où le bonheur est possible.

    Extrait du livre : CW, vol. VII, p. 221

     

    7 Décembre

    Une solitude totalement dénuée de peur

    Ce n'est que lorsque l'esprit est capable de se dépouiller de toutes les influences, de toutes les interférences, capable d'être complètement seul... que s'exprime la créativité.

    Partout dans le monde, la technique se développe de plus en plus – technique des moyens d'influencer les populations, par l'intermédiaire de la propagande, de la contrainte, de l'imitation... Il existe d'innombrables ouvrages qui vous apprennent comment faire telle ou telle chose, comment penser efficacement, comment construire une maison, monter une machine ; de sorte que nous perdons peu à peu notre initiative, l'initiative de conceptions originales qui nous soient propres. Dans notre éducation, dans nos rapports avec nos gouvernements, on nous incite, par divers moyens, au conformisme et à l'imitation. Et lorsque nous nous laissons persuader, en cédant à une influence parmi d'autres, d'adopter une certaine attitude ou d'effectuer une action particulière, cela crée naturellement en nous une résistance aux autres influences. Ce processus de résistance à une autre influence n'est-il pas une façon, « en négatif », de succomber à celle-ci?

    Ne faudrait-il pas que l'esprit soit constamment en révolte, afin de comprendre ces influences qui ne cessent d'empiéter, d'intervenir sur lui, de le réprimer, de le façonner? L'un des traits de l'esprit médiocre n'est-il pas d'avoir toujours peur, et, compte tenu de l'état de confusion où il se trouve, d'avoir envie d'ordre, de logique, d'être à la recherche d'une forme, d'une structure susceptible de le guider et de le maîtriser? Et pourtant ces formes, ces influences diverses ne suscitent en l'individu que contradictions et confusion... Tout choix entre diverses influences est évidemment toujours révélateur d'un état de médiocrité.

    ... L'esprit ne doit-il pas être capable de découvrir – au lieu d'imiter et d'être façonné – et d'être sans peur? Ne faut-il pas pour cela que l'esprit soit seul, et par là même créatif? Cet état de création n'appartient ni à vous ni à moi: il est anonyme.

    Extrait du livre : CW, vol. VII, pp. 219-20

     

    8 Décembre

    C'est ici qu'il faut commencer

    L'homme religieux ne cherche pas Dieu. L'homme religieux se sent concerné par la transformation de la société, c'est-à-dire de lui-même. L'homme religieux n'est pas celui qui observe d'innombrables rituels, qui se plie aux traditions, qui vit une culture morte, dépassée, qui explique sempiternellement la Gîtâ ou la Bible, qui psalmodie interminablement, ou qui mène la vie de sannyasi – cet homme-là n'est pas religieux, il fuit la réalité des faits. L'homme religieux s'implique totalement, complètement, dans une démarche de compréhension de la société, qui n'est autre que lui-même. Il n'est pas distinct de la société. Susciter en lui-même une complète et totale mutation signifie pour lui la cessation complète de toute avidité, de toute envie, de toute ambition ; il n'est plus dépendant des conditions alentour, bien qu'il soit le produit de tout ce qui l'environne – de la nourriture qu'il consomme, des livres qu'il lit, des cinémas qu'il fréquente, des dogmes religieux, des croyances, des rituels, et tout ce genre d'affaires – il n'est plus dépendant de cet environnement. L'homme religieux est responsable, il doit par conséquent se comprendre lui- même, lui qui est le produit d'une société qu'il a lui-même engendrée. Donc, dans sa quête de réalité, c'est ici même qu'il doit commencer, et pas dans un temple, et pas par une image – qu'elle ait été ciselée par la main ou l'esprit. Sinon, comment pourrait-il rencontrer l'inédit total, un nouvel état?

    Extrait du livre : CW, vol. XV, pp. 90-91

     

    9 Décembre

    L'esprit religieux est explosif

    Pouvons-nous découvrir par nous-mêmes ce qu'est l'esprit religieux? Le scientifique, lorsqu'il est dans son laboratoire, est un scientifique à part entière: il n'est pas influencé par le nationalisme, par ses peurs, par ses vanités, ses ambitions et les contingences locales ; il ne fait rien d'autre en ce lieu que de la recherche. Mais en dehors du laboratoire, c'est un homme comme les autres, avec ses préjugés, ses ambitions, son identité nationale, ses vanités, ses jalousies, et tout le reste. Un tel esprit n'est pas capable d'aborder l'esprit religieux. L'esprit religieux ne fonctionne pas à partir d'un centre d'autorité, qu'il consiste dans le savoir accumulé sous forme de tradition, ou dans l'expérience – qui n'est autre, en fait, qu'un prolongement de la tradition, du conditionnement. L'esprit religieux ne pense pas en termes de temps, de résultats immédiats, de réformes immédiates allant dans le sens des schémas de la société... L'esprit religieux, nous l'avons déjà dit, n'est pas ritualiste ; il n'est inféodé à aucune église, à aucun groupe, à aucun système de pensée. L'esprit religieux, c'est celui qui a pénétré au cœur de l'inconnu, et l'on ne peut qu'y plonger d'un seul bond – toute pénétration prudente et calculée dans l'inconnu est exclue. L'esprit religieux est le véritable esprit révolutionnaire, et l'esprit révolutionnaire n'est pas une réaction par rapport au passé. L'esprit religieux est véritablement explosif, créatif – pas au sens que l'on donne généralement au mot créatif tel qu'il s'applique à un poème, un décor, un édifice, ou à l'architecture, la musique, la poésie – il est en état de création.

    Extrait du livre : CW, vol. XII, pp. 81-82

     

    10 Décembre

    La prière est une affaire complexe

    Comme tous les problèmes humains fondamentaux, la prière est une affaire complexe à ne pas aborder précipitamment ; il faut l'explorer avec patience, avec précaution et tolérance ; et sans exiger de conclusions et de décisions définitives. S'il ne se comprend pas lui-même, celui qui prie peut, par sa prière même, se mentir à lui-même. On entend parfois certaines personnes dire, et plusieurs me l'ont raconté, que, lorsqu'elles prient pour obtenir de Dieu des bienfaits matériels, leurs prières sont souvent exaucées. Si ces gens ont la foi, et en fonction de l'intensité de leur prière, ce qu'ils veulent obtenir -santé, confort, biens terrestres – ils l'obtiennent finalement. Si l'on s'adonne à la prière de supplication, elle est récompensée en conséquence ; ce que l'on demande nous est souvent accordé, mais cela ne fait que renforcer nos demandes. Vient ensuite le cas où l'on ne prie ni pour quelqu'un, ni pour quelque chose, mais pour obtenir de faire l'expérience de l'ultime réalité, de Dieu, et cette prière est, elle aussi, souvent exaucée ; il existe encore d'autres formes de prières de demande, plus subtiles et plus tortueuses, mais où néanmoins on demande, on supplie, on fait des offrandes. Chacune de ces prières a sa propre récompense, chacune est une expérience spécifique, mais ces prières mènent-elles à la réalisation de la réalité ultime?

    Ne sommes-nous pas le résultat du passé, et ne sommes-nous pas, pour cette raison même, connectés à cet immense réservoir d'avidité et de haine, dans lequel baignent aussi leurs contraires? Bien sûr, lorsque nous lançons un appel de détresse, ou que nous faisons une prière de demande, nous sollicitons ce réservoir où s'est accumulée l'avidité – et le reste. La récompense est en rapport, de même que le prix à payer... Des supplications adressées à un autre, à quelque chose d'extérieur, peuvent-elles susciter une compréhension de la vérité?

    Extrait du livre : JKI #48

     

    11 Décembre

    La réponse à la prière

    La prière, qui est une requête, une supplication, ne peut jamais rencontrer cette réalité qui n'est pas le résultat d'une demande. Nous ne demandons, nous ne prions, nous ne supplions que lorsque nous sommes en proie à la confusion, à la souffrance ; et c'est parce que nous ne comprenons pas cette confusion et cette souffrance que nous nous tournons vers quelqu'un d'autre. La réponse à la prière n'est autre que notre propre projection ; d'une manière ou d'une autre, elle est toujours satisfaisante, gratifiante, sinon nous la rejetterions. Donc, lorsqu'on a compris l'artifice grâce auquel on apaise l'esprit par la récitation répétitive, on conserve cette habitude, mais la réponse à une requête doit, c'est évident, être adaptée au désir de celui qui l'exprime.

    Donc, aucune prière, requête ou supplication ne pourra jamais découvrir cette chose qui n'est pas une projection de l'esprit. Pour découvrir cette chose qui n'est pas une élaboration de l'esprit, celui- ci doit être silencieux – mais sans que ce silence soit induit par la répétition de mots par lesquels nous nous hypnotisons nous-mêmes, ni par d'autres procédés, quels qu'ils soient, destinés à  rendre l'esprit silencieux, tranquille.

    Une tranquillité induite, forcée, n'a rien à voir avec la vraie tranquillité. C'est comme si l'on mettait un enfant au piquet – en apparence il a l'air tranquille, mais intérieurement, il bout. L'esprit dont la tranquillité est induite par la discipline n'est jamais véritablement tranquille, et une tranquillité provoquée ne permet jamais de découvrir cet état créatif dans lequel la réalité voit le jour.

    Extrait du livre : CW, vol. VI, pp. 204-205

     

    12 Décembre

    La religion est-elle affaire de croyance?

    La religion, telle que nous la connaissons ou la reconnaissons en général, est une gamme de croyances, de rituels, de superstitions, de cultes rendus à des idoles, de fétiches et de gourous, destinés à vous mener à ce qui représente selon vous le but ultime. L'ultime vérité, c'est une projection de vos propres désirs, c'est ce qui va vous rendre heureux, vous donnera l'assurance d'un état qui échappe à la mort. L'esprit, ainsi empêtré dans tous ces problèmes, crée une religion, une religion de dogmes, de mainmise des prêtres, de superstitions et de culte idolâtre – vous êtes happé par tout cela, et votre esprit stagne. S'agit-il là de religion? La religion est-elle affaire de croyance, de connaissances, est-elle le fait des expériences et des assertions d'autrui? Ou bien consiste-t-elle simplement à se soumettre à une morale? Vous savez qu'il est relativement facile d'avoir de la morale – de faire ceci mais pas cela. Parce que c'est facile, vous êtes capable de copier un code moral. Derrière cette moralité se tapit sournoisement l'ego, qui grandit et s'enfle, agressif et dominateur. Mais cela est-il la religion?

    Nous devons trouver ce qu'est la vérité parce que c'est la seule chose qui compte – et non d'être riche ou pauvre, d'avoir fait un mariage heureux et d'avoir des enfants, parce que tout cela s'achève un jour – et la mort est toujours là. C'est donc sans l'appui d'aucune croyance qu'il vous faut trouver ; vous devez avoir assez de vigueur, de confiance en vous, d'initiative, pour arriver à savoir par vos propres moyens ce qu'est la vérité, ce qu'est Dieu. Nulle croyance ne vous sera d'aucun secours, car elle ne fait que corrompre, asservir, obscurcir. L'esprit ne peut être libre que si l'on fait preuve de vigueur, de confiance en soi.

    Extrait du livre : CW, vol. VII, p. 131

     

    13 Décembre

    Y a-t-il une part de vérité dans les religions?

    La question est celle-ci: n'y a-t-il pas une part de vérité dans les religions, dans les théories, les idéaux, les croyances? Examinons-la. Qu'entendons-nous par « religion »? Certainement pas la religion organisée, certainement pas l'hindouisme, le bouddhisme ou le christianisme – qui sont autant de croyances organisées, avec leur propagande, leurs conversions, leur prosélytisme, leur coercition, et ainsi de suite. Y a-t-il la moindre part de vérité dans la religion établie? Elle peut engloutir la vérité, l'emprisonner dans ses filets, mais la religion organisée elle-même n'est pas authentique. Par conséquent, la religion établie est fausse, elle divise les hommes. Je suis musulman, vous êtes hindou, tel autre est chrétien ou bouddhiste – et nous nous querellons, nous nous massacrons. Où est la vérité dans tout cela? Nous ne discutons pas ici de la religion en tant que recherche de la vérité, nous essayons de déterminer si les religions organisées sont détentrices d'une quelconque vérité. Elles nous ont tellement persuadés qu'elles détenaient la vérité que nous en sommes arrivés à croire qu'il suffit de se parer du nom d'hindou pour être quelqu'un, ou pour rencontrer Dieu. Quelle absurdité! Pour rencontrer Dieu, pour trouver la réalité, ce qu'il faut, c'est  la vertu. La vertu, c'est la liberté, et ce n'est qu'à travers la liberté que la vérité peut être trouvée – et pas lorsqu'on est aux mains d'une religion institutionnelle, avec toutes ses croyances. La vérité est-elle dans les théories, les idéaux, les croyances? Pourquoi croyez-vous? De toute évidence,  c'est parce que les croyances sont pour vous une source de sécurité et de réconfort, un guide. Tout au fond de vous, vous avez peur, vous avez besoin d'une protection, d'un appui, c'est pour toutes ces raisons que vous créez l'idéal, qui vous empêche de comprendre ce qui est. L'idéal devient  donc un obstacle à l'action.

    Extrait du livre : CW, vol. V, p. 48-49

     

    14 Décembre

    Débuter modestement pour pouvoir aller loin

    Les organisations religieuses finissent par devenir aussi figées et rigides que la pensée de ceux qui en sont les membres. La vie est perpétuel changement, perpétuel devenir, révolution continuelle, et nulle organisation n'étant jamais souple, elle fait obstacle au changement, elle devient réactionnaire pour se protéger. La recherche de la vérité se fait individuellement, pas au sein d'une collectivité. Pour communier avec la réalité, la solitude est nécessaire ; pas l'isolement, mais la liberté par rapport à toute influence, à toute opinion. Toutes les structures d'organisation de la pensée deviennent inévitablement des entraves à la pensée.

    Comme vous le constatez vous-mêmes, la soif de pouvoir est quasi inextinguible dans toute organisation soi-disant spirituelle ; on la camoufle sous toutes sortes de mots suaves et d'allure très officielle, mais la gangrène de l'avarice, de l'orgueil et de l'inimitié fait des ravages persistants et répandus, qui ne font qu'accroître les conflits, l'intolérance, le sectarisme, et bien d'autres formes d'expression de la laideur.

    Ne serait-il pas plus sage d'avoir des groupes de vingt ou vingt-cinq personnes informées – sans collecte ou cotisation pour les participants – qui se réuniraient dans un lieu approprié, pour discuter avec mesure des approches de la réalité? Afin d'empêcher qu'aucun groupe ne devienne exclusif, chaque membre pourrait de temps en temps animer et peut-être rejoindre un autre petit groupe ; ainsi, le groupe serait vaste et ouvert, sans étroitesse ni esprit de clocher.

    Pour arriver loin, il faut commencer modestement. À partir de ces modestes débuts, il est possible de contribuer à la création d'un monde équilibré et heureux.

    Extrait du livre : JKI # 95

     

    15 Décembre

    Vos dieux qui vous divisent

    Que se passe-t-il actuellement dans le monde? On a un Dieu chrétien, des dieux hindous, outre la conception de Dieu propre aux musulmans – chaque petite secte a sa vérité propre. Et toutes ces vérités deviennent peu à peu comme autant de maladies dans le monde, et elles séparent les hommes. Ces vérités, entre les mains d'une minorité, se transforment actuellement en moyen d'exploitation. Vous allez vers chacune d'elles, l'une après l'autre, vous les goûtez toutes, parce  que vous commencez à perdre toute notion de discrimination, parce que vous souffrez et que vous avez besoin d'un remède, et vous acceptez n'importe quel remède, proposé par n'importe quelle secte, chrétienne, hindoue ou autre. Que se passe-t-il donc? Vos dieux vous divisent, vos  croyances en Dieu vous divisent, et pourtant vous parlez de fraternité entre les hommes, d'unité en Dieu, et en même temps vous reniez cela même que vous voulez trouver, parce que vous vous accrochez à ces croyances comme si elles étaient le moyen le plus puissant d'abolir toute  limitation, alors qu'elles ne font que les renforcer.

    Tout cela est d'une telle évidence.

    Extrait du livre : CW, vol. II, p. 34

     

    16 Décembre

    La vraie religion

    Savez-vous ce qu'est la religion? Elle n'est pas dans les psalmodies, ni dans l'observance d'un rituel, qu'il soit hindou ou autre, ni dans le culte qu'on rend à des dieux de métal ou de pierre, ni dans les temples ou les églises, ni dans la lecture de la Bible ou de la Gîtâ, ni dans la répétition du nom sacré, ni dans la soumission à l'une ou l'autre des superstitions inventées par les hommes. La religion n'est rien de tout cela.

    La religion, c'est la perception de ce qui est bon et juste, c'est cet amour qui est comme le fleuve, éternellement vivant, éternellement en mouvement. Dans cet état, vous découvrirez qu'il arrive un moment où cesse toute quête, et la fin de cette quête est le commencement de quelque chose de totalement différent. La recherche de Dieu, de la vérité, le sentiment d'être d'une bonté sans limites – qui n'a rien à voir avec une bonté, une humilité cultivées, mais qui est la recherche de quelque chose qui est au-delà des inventions et des supercheries de l'esprit, ce qui signifie que l'on est sensible à cette chose, que l'on vit en elle, que l'on est cette chose – c'est cela, la vraie  religion. Mais cela, vous n'en serez capable que lorsque vous quitterez la mare stagnante que vous avez creusée de vos propres mains, pour plonger dans le fleuve de la vie. Alors, la vie prend soin de vous à un point étonnant, parce que ce n'est plus à vous de le faire. La vie vous porte là où elle veut, car vous en faites partie ; alors la sécurité n'est plus un problème, alors peu importe ce qu'on peut bien dire ou ne pas dire – et c'est cela, la beauté de la vie.

    Extrait du livre : TTT, pp. 142-43

     

    17 Décembre

    Dieu, Une merveilleuse échappatoire

    Quel est cet élan qui pousse à chercher Dieu, et cette quête est-elle bien réelle? Pour la plupart d'entre nous, elle n'est qu'une fuite face à la réalité des faits. Nous devons donc déterminer très clairement si cette quête de Dieu est une forme de fuite, ou si c'est une recherche de la vérité dans tous les domaines – vérité dans nos relations, vérité dans la valeur accordée aux choses, vérité dans les idées. Si nous cherchons Dieu uniquement parce que nous sommes fatigués de ce monde et de ses malheurs, alors c'est une fuite. Alors nous créons Dieu de toutes pièces, et donc ce n'est pas Dieu. Le Dieu des temples, des livres saints n'a rien à voir avec Dieu, bien évidemment – c'est une merveilleuse échappatoire. Mais si nous essayons de trouver la vérité, non pas exclusivement  à travers une série d'actions, mais dans toutes nos actions, toutes nos idées et toutes nos  relations, si nous cherchons la juste mesure même en matière d'alimentation, de vêtements, d'habitat, alors, parce que notre esprit sera devenu capable de clarté et de compréhension, alors, quand nous chercherons la réalité ultime, nous la trouverons. Et ce ne sera plus dans ce cas une fuite. Mais si, à l'égard des choses de ce monde – nourriture, vêtements, habitat, relations, idées – notre attitude reste confuse, comment pouvons-nous espérer rencontrer la réalité? Nous ne pouvons que l'inventer. Ainsi donc, Dieu – la vérité, ou la réalité – ne peut pas être, connu par un esprit confus, conditionné, limité. Comment pareil esprit pourrait-il concevoir la réalité, concevoir Dieu? Ê doit d'abord se déconditionner. Il doit s'affranchir de ses propres limites, et ce n'est qu'ensuite qu'il pourra savoir ce qu'est Dieu, et évidemment pas avant. La réalité, c'est l'inconnu, et le connu n'est pas le réel.

    Extrait du livre : CW, vol. V, pp. 4

     

    18 Décembre

    Votre dieu n'est pas Dieu

    Celui qui croit en Dieu ne pourra jamais le rencontrer. Si vous êtes ouvert à la réalité, il faut exclure toute croyance. Si vous êtes ouvert à l'inconnu, il est hors de question d'y croire. La croyance, en dernière analyse, est une forme d'auto-protection, et seul un petit esprit peut croire en Dieu. Regardez comment croyaient les aviateurs pendant la guerre: ils disaient que Dieu était à leurs côtés, alors même qu'ils lâchaient leurs bombes! Vous croyez en Dieu, alors même que vous tuez, que vous exploitez autrui. Vous vénérez Dieu, et vous continuez, sans le moindre scrupule, à extorquer de l'argent, à soutenir l'armée – tout en disant croire en la mansuétude, la compassion, la bonté... Tant qu'existent les croyances, l'inconnu ne peut jamais être ; votre pensée ne peut ni le concevoir ni le mesurer. L'esprit est le produit du passé, le résultat d'hier ; pareil esprit peut-il être ouvert à l'inconnu? Il ne peut que projeter une image, mais cette image n'est pas réelle, donc votre Dieu n'est pas Dieu – c'est une image de votre fabrication, un reflet de votre propre satisfaction. La réalité ne peut être que lorsque l'esprit comprend l'ensemble du processus dont il est fait, et cesse d'exister. C'est lorsque l'esprit est complètement vide, et alors seulement, qu'il est capable de recevoir l'inconnu. L'esprit n'est pas assaini tant qu'il ne comprend pas le contenu de toute relation – sa relation à la propriété, sa relation aux autres – tant qu'il n'a pas établi de relation juste avec toute chose. Tant qu'il ne comprendra pas dans son intégralité le processus de conflit inhérent à toute relation, l'esprit ne peut pas être libre. Ce n'est que lorsque l'esprit est parfaitement immobile et silencieux, totalement inactif, qu'il ne projette rien, ne cherche rien, et qu'il est absolument silencieux – ce n'est qu'alors que survient cette chose éternelle, cette chose hors du temps.

    Extrait du livre : CW, vol. VI, pp. 140-41

     

    19 Décembre

    L'homme religieux

    Quel est l'état de l'esprit qui dit: « Je ne sais pas si Dieu existe, si l'amour existe », c'est-à-dire lorsqu'il n'y a pas réponse de la mémoire? Je vous en prie, ne vous trouvez pas immédiatement une réponse à la question, parce que, dans ce cas, votre réponse ne consistera qu'à reconnaître ce que, d'après vous, la réponse devrait être ou ne pas être. Si vous dites: « C'est un état de négation », vous êtes en train de le comparer à quelque chose que vous connaissez déjà ; par conséquent, cet état dans lequel vous dites: « Je ne sais pas » n'existe pas...

    Donc, l'esprit qui est capable de dire: « Je ne sais pas » est dans l'unique état où il nous soit possible de découvrir quoi que ce soit. Mais celui qui dit: « Je sais », celui qui a infiniment bien étudié toutes les diversités de l'expérience humaine et dont l'esprit est encombré d'informations, de connaissances encyclopédiques, peut-il jamais faire l'expérience de cette chose qui ne peut pas être thésaurisée? Il s'apercevra que l'entreprise est extrêmement ardue. Lorsque l'esprit s'écarte complètement de tout le savoir qu'il a accumulé, que pour lui il n'y a plus ni Bouddha, ni Christ, ni Maîtres, ni dispensateurs de savoir, ni religions, ni citations ; quand l'esprit est complètement seul, exempt de toute contamination, ce qui signifie que le mouvement du connu a cessé – alors seulement deviennent possibles une formidable révolution, un changement fondamental... L'homme religieux, c'est celui qui n'appartient à aucune religion, à aucune nation, à aucune race, qui est, à l'intérieur de lui-même, complètement seul, dans un état de non-savoir, et c'est pour lui qu'advient la bénédiction du sacré.

    Extrait du livre : CW, vol. IX, pp. 112-13

     

    20 Décembre

    Je ne sais pas

    Si l'on peut vraiment arriver jusqu'à cet état où l'on dit: « Je ne sais pas », c'est le signe d'un sens de l'humilité extraordinaire: c'en est fini de l'arrogance du savoir, des réponses pleines d'assurance destinées à impressionner. Quand vous êtes véritablement capable de dire: « Je ne sais pas », chose que très peu d'entre nous savent faire, alors dans cet état-là cesse toute peur, parce qu'on ne cherche plus à reconnaître, on ne fouille plus dans sa mémoire, on n'explore plus le champ du connu. Alors advient la chose extraordinaire. Si vous avez bien suivi jusqu'ici ce dont je parle, et pas uniquement au niveau verbal, mais si vous vivez vraiment l'expérience en ce moment même, vous vous apercevrez que lorsque vous dites: « Je ne sais pas », tout conditionnement a cessé. Et quel est donc alors l'état de l'esprit?...

    Nous sommes à la recherche de quelque chose de permanent – permanent en termes de temps – de quelque chose de durable, d'éternel. Nous constatons qu'autour de nous, tout est transitoire et fluctuant, que tout naît, se fane et meurt, et nous cherchons sans cesse à créer quelque chose qui perdure tout en restant dans le champ du connu. Mais le véritable sacré transcende toute mesure de temps ; il ne peut se trouver dans le champ étroit du connu. Le connu n'agit que par l'intermédiaire de la pensée, qui est la réponse que la mémoire donne aux défis rencontrés. Voyant cela, si je veux savoir comment faire cesser la pensée, que dois-je faire? Je dois, bien entendu, grâce à la connaissance que j'ai de moi-même, prendre conscience de tout le processus de ma pensée, je dois voir que toute pensée, si subtile, si élevée, ou si ignoble, si stupide soit-elle, est enracinée dans le connu, dans la mémoire. Si je vois tout cela très clairement, alors l'esprit, lorsqu'il est confronté à un vaste problème, est capable de dire: « Je ne sais pas », parce qu'il n'a pas la réponse.

    Extrait du livre : CW, vol. IX, pp. 112-13

     

    21 Décembre

    Au-delà des limitations des croyances

    Il est à mes yeux tout aussi absurde d'être théiste que d'être athée. Si vous saviez ce qu'est la vérité, ce qu'est Dieu, vous ne seriez ni théiste ni athée, car dans cette conscience lucide la croyance n'est plus nécessaire. Mais l'homme qui n'a pas cette conscience-là ne fait qu'espérer, supputer et chercher un soutien dans la croyance ou le refus de croire, qui lui montrent la ligne d'action particulière à suivre.

    Pourtant, si vous optez pour une tout autre approche, vous découvrirez vous-mêmes, à titre

    individuel, quelque chose de réel qui transcende les limitations des croyances, qui est au-delà de l'illusion des mots. Mais il faut pour cela – pour cette découverte de la vérité, de Dieu – une grande intelligence, qui ne consiste pas à conforter sa croyance ou son refus de croire, mais à reconnaître les obstacles que suscite notre manque d'intelligence. Et donc, pour découvrir Dieu ou la vérité – et je dis qu'une telle chose existe ; je l'ai réalisée – pour reconnaître cela, pour le réaliser, l'esprit doit être libéré de tous les obstacles qui se sont créés au fil des siècles sur fond de désir de sécurité et de protection. Vous ne pouvez pas vous libérer de la sécurité en vous contentant de dire que vous êtes libre. Pour franchir le rempart que forment ces obstacles, l'intellect ne suffit pas: il vous faut beaucoup d'intelligence. L'intelligence, pour moi, c'est la pleine harmonie du cœur et de l'esprit ; et vous découvrirez alors par vos propres moyens, sans rien demander à personne, ce qu'est la réalité.

    Extrait du livre : CW, vol. II, p. 34

     

    22 Décembre

    La méditation

    Libéré des filets du temps

    Sans méditation, point de connaissance de soi ; sans connaissance de soi, point de méditation. Vous devez donc d'abord savoir ce que vous êtes. Vous rie pouvez pas aller très loin si vous ne commencez pas au plus près, si vous ne comprenez pas le processus quotidien de vos pensées, de vos sentiments, de vos actions. En d'autres termes, vous devez en comprendre le fonctionnement, et lorsque vous vous regarderez agir, vous constaterez que la pensée part du connu pour aller vers le connu. Vous ne pouvez pas concevoir l'inconnu. Ce que vous connaissez n'est pas réel parce tout ce que vous connaissez reste inscrit dans le temps. L'essentiel, c'est de vous libérer des filets du temps, et non de vous préoccuper de concevoir l'inconnu, parce que cela vous est impossible. Les réponses à vos prières sont de l'ordre du connu. Pour pouvoir recevoir l'inconnu, il faut que l'esprit soit lui-même l'inconnu. Or, l'esprit est le résultat du processus de la pensée, le résultat du temps, et ce processus de pensée doit nécessairement prendre fin. L'esprit ne peut pas concevoir ce qui est éternel – atemporel ; il faut donc qu'il se libère du temps ; le processus temporel de l'esprit  doit être dissous. Ce n'est que lorsque l'esprit est totalement libéré d'hier, et n'utilise donc plus le présent comme moyen d'accès au futur, qu'il est capable de recevoir l'éternel... Notre souci principal dans la méditation est donc de nous connaître nous-mêmes, non seulement au niveau superficiel, mais au niveau profond, secret, de l'ensemble de notre conscience. À défaut d'avoir cette connaissance, et de vous libérer de votre conditionnement, il vous sera absolument impossible de franchir les limites de l'esprit. C'est pourquoi le processus de pensée doit cesser, et pour que cette abolition de la pensée ait lieu, la connaissance de soi est indispensable. La méditation est donc le commencement de la sagesse, c'est-à-dire la connaissance de son propre cœur et son propre esprit.

    Extrait du livre : CW, vol. V, pp. 165-66

     

    23 Décembre

    La méditation

    Je vais examiner pas à pas ce qu'est la méditation. Mais ne restez pas là à attendre dans l'espoir d'avoir à la fin le descriptif complet d'une méthode de méditation. Ce que nous faisons en ce moment même fait partie de la méditation.

    Ce qu'il faut tout d'abord, c'est avoir conscience du penseur, et ne pas essayer de résoudre la contradiction et de provoquer une forme d'intégration entre le penseur et la pensée. Le penseur, c'est l'entité psychologique qui a accumulé une certaine expérience sous forme de savoir ; il est ce centre, tributaire du temps, qui est le résultat de l'influence perpétuellement fluctuante de tout ce qui l'environne, et c'est à partir de ce centre qu'il regarde, écoute, vit des expériences. Tant qu'on n'a pas compris la structure et l'anatomie de ce centre, les conflits sont inévitables, et un esprit qui est en proie aux conflits est dans l'incapacité totale de comprendre la méditation dans toute sa profondeur et sa beauté.

    Dans la méditation, il ne doit pas y avoir de penseur, ce qui signifie que la pensée doit cesser d'exister – la pensée qui jaillit sous l'impulsion du désir d'accéder à un résultat. Il ne s'agit pas de respirer d'une certaine façon, de loucher sur votre nez, ou d'activer en vous le pouvoir d'accomplir certaines prouesses spectaculaires, ou toute autre stupidité puérile du même genre... La méditation n'est pas isolée de la vie. Quand vous êtes au volant, ou dans un autobus, quand vous bavardez sans but particulier, quand vous marchez seul dans un bois, ou quand vous regardez un papillon porté par le souffle du vent – prêter à toutes ces choses une attention sans choix fait partie de la méditation.

    Extrait du livre : CW, vol. XIII, pp. 263-64

     

    24 Décembre

    Connaître tout le contenu d'une pensée

    N'être rien est le commencement de la liberté. Donc, si vous êtes capable de percevoir, d'approfondir cela, vous vous apercevrez, à mesure que votre conscience s'affine, que vous n'êtes pas libre, que vous êtes lié à une multitude de choses diverses, et qu'en même temps votre esprit nourrit l'espoir d'être libre. Et vous constaterez que ces deux tendances sont contradictoires. Il faut donc que l'esprit examine pourquoi il s'accroche aux choses. Et c'est une rude tâche. C'est bien plus difficile que d'aller au bureau, plus dur que n'importe quel effort physique, plus ardu que toutes les sciences réunies. Car l'esprit qui est humble, intelligent s'intéresse à lui-même sans être égocentrique ; il est donc forcément extraordinairement alerte, attentif, et cela suppose un réel travail, de chaque jour, chaque heure, chaque minute... Cela exige tout un labeur persévérant, car la liberté n'est pas aisée à obtenir. Tout lui fait obstacle: votre femme, votre mari, votre fils, votre voisin, vos dieux, vos religions, votre tradition. Tout cela vous entrave, mais c'est vous qui en êtes responsable, car vous voulez la sécurité. Et l'esprit qui cherche la sécurité ne la trouvera jamais. Si vous avez quelque peu observé le monde, vous savez bien que la sécurité n'existe pas. Le mari vient à mourir, ou la femme, ou le fils – il arrive toujours quelque chose. La vie n'est pas statique, car toute vie est mouvement. C'est une chose qu'il faut bien saisir, une vérité qu'il faut bien voir, bien ressentir, ce n'est pas un sujet de débat. Alors vous verrez, à mesure que vous commencez à explorer, que cela est réellement un processus de méditation. Mais ne vous laissez pas hypnotiser par ce mot. Avoir conscience de chaque pensée, savoir quelle en est la source, et quel en est le but – voilà ce qu'est la méditation. Et connaître une seule pensée dans tout son contenu suffit à dévoiler l'ensemble du mécanisme de l'esprit.

    Extrait du livre : CW, vol. XIII, pp. 263-64

     

    25 Décembre

    Allumer la flamme de la conscience de soi

    Si vous trouvez difficile d'être conscient des choses, alors faites l'expérience de noter chaque pensée, chaque sentiment qui naît en vous tout au long de la journée ; notez vos réactions de jalousie, d'envie, de vanité, de sensualité, les intentions cachées derrière les mots, et ainsi de suite.

    Prenez le temps de les noter avant le petit déjeuner – ce qui suppose, éventuellement, de vous coucher plus tôt et de renoncer à certaines de vos activités sociales. Si vous notez ces choses chaque fois que vous pouvez, et que le soir, avant de dormir, vous relisez les notes de la journée, en étudiant les faits, en les examinant sans jugement ni condamnation, vous commencerez à découvrir les racines cachées de vos pensées, de vos sentiments, de vos désirs, de vos paroles... L'important dans tout cela est d'étudier, à la lumière d'une intelligence libre, tout ce que vous avez noté, et c'est en étudiant ce contenu que vous prendrez conscience de votre propre état. Dans cette flamme de la conscience de soi, de la connaissance de soi, les raisons des conflits se révèlent et se consument. Il faut noter vos pensées et vos sentiments, vos intentions et vos réactions, non seulement une ou deux fois, mais en continu, sur une très longue période, jusqu'à ce que votre prise de conscience devienne instantanée...

    La méditation, c'est non seulement la conscience de soi permanente, mais aussi l'abandon permanent de l'ego. La méditation naît de la pensée juste, d'où découle à son tour la tranquillité de la sagesse ; et c'est dans cette sérénité qu'est enfin perçue la réalité suprême.

    Le fait de noter ce que l'on pense et ressent, ses désirs, ses réactions, fait éclore une conscience intérieure, donne lieu à une coopération entre conscient et inconscient, et tout cela devient à son tour un facteur d'intégration et de compréhension.

    Extrait du livre : JKI # 20

     

    26 Décembre

    Le processus de la méditation

    La vérité est-elle une chose absolue, fixe, définitive? Nous la voudrions absolue parce que nous pourrions alors y trouver refuge. Nous la voudrions permanente parce que alors nous pourrions nous y accrocher, y trouver le bonheur. Mais la vérité est-elle absolue, continue, l'expérience qu'on en fait est-elle destinée à se répéter indéfiniment? La répétition d'une expérience, ce n'est rien d'autre qu'une réactivation de la mémoire, n'est-il pas vrai? Dans les moments de calme, il peut m'arriver de faire l'expérience d'une certaine vérité, mais si je m'accroche à cette expérience par le biais de la mémoire, et que je la fige sous une forme absolue – est-ce encore la vérité? La vérité consiste-t-elle à perpétuer, à cultiver les souvenirs? Ou ne la trouve-t-on que lorsque l'esprit est parfaitement tranquille? Lorsque mon esprit n'est pas empêtré dans les souvenirs, qu'il ne cultive pas la mémoire en tant que centre d'origine des identifications, mais qu'il est conscient de tout ce que je dis, de tout ce que je fais au sein de mes relations, de mes activités, le fait de voir la vérité de toute chose, telle qu'elle apparaît d'instant en instant – c'est évidemment cela, la méditation, n'est-ce pas? Il n'y a de compréhension que lorsque l'esprit est tranquille, silencieux, et il ne peut pas l'être tant qu'il s'ignore lui-même. Cette ignorance ne peut être dissipée par aucune discipline, aucun recours à une autorité quelconque, passée ou présente. La croyance ne fait que créer des résistances, causer l'isolement, et là où il y a isolement, toute tranquillité est impossible. La tranquillité ne vient que lorsque je comprends tout le mécanisme dont je suis fait – les diverses entités conflictuelles qui composent le « moi ». Comme la tâche est malaisée, nous demandons à d'autres de nous enseigner divers tours d'astuce que nous qualifions de méditation. Mais les tours que se joue l'esprit ne sont pas la méditation. La méditation est le commencement de la connaissance de soi, et sans la méditation, il n'est point de connaissance de soi.

    Extrait du livre : CW, vol. VI, p. 176

     

    27 Décembre

    L'esprit en état de création

    La méditation consiste à vider l'esprit de toutes les choses qu'il a lui-même élaborées. Si vous faites cela – peut-être ne le ferez-vous pas, mais peu importe, écoutez simplement – vous vous apercevrez qu'il y a dans l'esprit un espace extraordinaire, et cet espace, c'est la liberté. Vous devez donc exiger la liberté dès le début, au lieu d'attendre, dans l'espoir de l'avoir à la fin. Vous devez vous interroger sur le sens de la liberté, dans votre travail, dans vos relations, dans tout ce que vous faites. Alors, vous découvrirez que la méditation, c'est la création.

    La création est un mot que nous employons si facilement, si à la légère. Un peintre applique quelques touches de couleur sur une toile, et il en est tout excité. C'est son moyen d'expression, de réalisation ; c'est le marché grâce auquel il peut gagner sa vie, voire une réputation – et il nomme cela « création ». Chaque écrivain « crée », et il existe des écoles d'écriture « créative », pourtant rien de tout cela n'a à voir avec la création. Ce n'est que la réponse conditionnée d'un esprit vivant au sein d'une société donnée.

    La création dont je parle est tout autre chose. C'est un esprit en état de création. Lorsqu'il l'atteint, l'esprit peut l'exprimer ou non. L'expression n'a guère de valeur. Cet état de création est dénué de cause, donc l'esprit qui est dans cet état est, à chaque instant, en train de mourir et de vivre, en train d'aimer et d'être. Et c'est tout cela, la méditation.

    Extrait du livre : CW, vol. XIII, pp. 324-25

     

    28 Décembre

    Une action de fond instantanée

    L'esprit qui est immobile, tranquille, n'est à la recherche d'aucune sorte d'expérience. Et s'il ne cherche rien, et qu'il est ainsi parfaitement tranquille, sans aucun mouvement du passé, et qu'il est donc libéré du connu, vous découvrirez alors, si vous êtes parvenu jusque-là, qu'il est un mouvement de l'inconnu qui n'est ni reconnu ni traduisible, qui ne peut être mis en mots – vous découvrirez alors qu'il est un mouvement de l'inconnu qui est de l'ordre de l'immensité. Ce mouvement est atemporel parce qu'il n'est en cette chose-là ni de temps ni d'espace, il n'est rien qui puisse faire l'objet d'une expérience, rien à gagner, rien à atteindre. C'est cet esprit-là qui sait ce qu'est la création – pas la création du peintre, du poète, de celui qui met en mots ; mais cette création qui n'a pas de motif, qui n'a pas d'expression. Cette création est amour et mort.

    La méditation, c'est tout ce parcours du début à la fin. Celui qui veut méditer doit se comprendre lui-même. À moins de vous connaître, vous n'irez pas loin, quelle qu'en soit votre envie, car vous ne pourrez pas franchir les limites de vos propres projections ; et leur envergure étant très courte, très restreinte, elles ne vous mèneront nulle part. La méditation est ce processus dont l'action de fond est immédiate, instantanée, et qui suscite – de façon naturelle, sans effort – cet état de tranquillité. Alors seulement peut-il y avoir un esprit qui transcende le temps, l'expérience et le savoir.

    Extrait du livre : CW, vol. XIII, pp. 98-99

     

    29 Décembre

    Trouver le silence

    Si vous avez suivi cet examen approfondi de ce qu'est la méditation et si vous avez compris l'ensemble du mécanisme de la pensée, vous vous apercevrez que l'esprit est dès lors parfaitement tranquille. Dans cette tranquillité totale de l'esprit, il n'y a pas d'observateur, pas de guetteur, et donc l'expérience n'a plus de sujet ; il n'y a pas d'entité qui engrange l'expérience, Ce qui est l'activité de l'esprit égocentrique. Ne dites pas: « C'est l'état de samadhi » – ce qui est totalement absurde, parce ce que vous ne le connaissez qu'à travers vos lectures, mais sans l'avoir jamais découvert par vous-même. Il y a une énorme différence entre le mot et la chose. Le mot n'est pas la chose: le mot porte n'est pas la porte.

    Méditer, c'est donc purger l'esprit de son activité égocentrique. Et si vous avez atteint ce stade de la méditation, vous découvrirez qu'il n'y a plus que le silence, le vide total. L'esprit cesse d'être contaminé par la société ; il n'est plus soumis à aucune influence, ni pressé par aucun désir. Il est absolument seul, et parce qu'il est seul et intact, il est innocent. C'est ainsi que devient

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