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    L'Immortalité frappe à la porte des biologistes

    L’Immortalité frappe à la porte des biologistes

     

     

     

     

    L’Immortalité frappe à la porte des biologistes

     

    Nicholas Wade

    17 novembre 1998

     

    Quand les scientifiques de la Geron Corporation du Menlo Park de Californie parlent d’ « immortaliser » certaines cellules qu’ils espèrent dériver de la cellule souche embryonnaire, récemment isolée, parlent-ils métaphoriquement ? Eh bien, non !

    L’étude du vieillissement est en train de subir un profond changement, et une poigné de biologistes commencent à penser à entraver les mécanismes qui rendent le corps mortel.

    Immortaliser une cellule est, bien sûr, très différent que de faire qu’un individu vive éternellement. Mais parce que les gens sont faits de cellules, les deux concepts ont un lien profond…

    Depuis des décennies, les biologistes savent que la mortalité du corps se reflète au niveau cellulaire par une règle immutable appelée la limite de Hayflick. Le Dr. Leonard Hayflick, maintenant à l’Université de Californie, San Francisco, a découvert, il y a des années, que quand des cellules tissulaires sont extraites du corps et cultivées en laboratoire, elles croissent et se divisent environ 50 fois – le nombre varie selon le type de tissu – puis sombrent dans la sénescence.

    En janvier, les biologistes de la Geron ont annoncé une découverte électrisante : ils avaient appris comment parvenir à briser la limite de Hayflick avec des cellules humaines.

    Au niveau cellulaire, l’habilité à se diviser indéfiniment en deux sœurs identiques, c’est l’immortalité. Pour un individu, faire des clones de lui-même à perpétuité pourrait difficilement compter comme vivre éternellement. L’obstacle entre une personne et l’immortalité, c’est que presque toutes les cellules du corps sont mortelles et, même si elles sont renouvelées, elles cessent éventuellement de se remplacer efficacement.

    Par contre, il y a deux catégories de cellules corporelles qui sont immortelles (c’est-à-dire avec la capacité de se diviser indéfiniment). L’une, c’est l’essence de la vie, l’autre, de la mort. Les cellules cancéreuses apprennent éventuellement comment défier tous les délicats mécanismes de contrôle du corps et sévir à leur gré. Les autres sortes de cellules immortelles sont les cellules souches embryonnaires tout usage, depuis lesquelles tout l’organisme se développe. Dans les cellules souches embryonnaires, les cellules peuvent se diviser indéfiniment tant qu’elles demeurent embryonnaires. À mesure que le fœtus se développe, par contre, les cellules souches embryonnaires se différencient, signifiant qu’elles vont suivre une variété de chemins différents jusqu’à devenir les cellules spécialisées qui forment chacun des différents tissus et organes du corps.

    Comment alors les cellules embryonnaires peuvent-elles être générées par des parents dont les cellules sont irréversiblement différenciées ? Dans l’embryon, un petit nombre de cellules souches sont mises de côté, avant que ne commence le développement embryonnaire, et protégées de la différenciation. Ces cellules spéciales (sexuelles, N.D.T.), connues comme les cellules germinales embryonnaires, migrent ensuite à l’ovaire ou le testicule en développement, où elles génèrent l’œuf ou le spermatozoïde pour la prochaine génération.

    Avec sa cellule souche embryonnaire humaine et ses gènes actifs, la Geron a conquis deux propriétés scientifiquement fascinantes, quoique, bien sûr, elle puisse se trouver encore à plusieurs années de la rentabilité commerciale. Ce que la compagnie espère faire, c’est de guider la cellule souche embryonnaire (sexuelle) selon des chemins spécifiques de différentiation jusqu’à devenir une cellule spécialisée du cœur, du sang ou de n’importe quel autre tissu donné.

    Si les biologistes peuvent immortaliser certaines des cellules corporelles avec la méthode de la Geron, pourraient-ils, d’ici un certain temps, apprendre comment toutes les immortaliser ? Le Dr. William A. Haseltine, tenant d’une chaire au Human Genome Sciences de Rockville, au Maryland, croit que la solution demeure dans les cellules souches tissulaires qui s’occupent de la régénération des tissus comme le sang et la peau. Des cellules souches tissulaires, descendantes des cellules souches embryonnaires, peuvent exister pour beaucoup ou tous les tissus, mais seulement quelques unes ont été identifiées jusqu’ici.

    Ces cellules souches tissulaires vieillissent aussi avec le temps et commencent à générer des cellules fatiguées ou compromises. L’idée du Dr. Haseltine est de les remplacer, avant qu’elles ne commencent à faire du mal, avec des cellules souches tissulaires immortalisées. Tous les tissus corporels pourraient alors être régénérées continuellement et de façon fiable par des cellules souches tissulaires jeunes en permanence.

    « Ceci est une vision clairement articulée de l’immortalité humaine, qui sera introduite tranquillement pendant les 50 prochaines années », dit le Dr. Haseltine. 

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