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    Extrait de La Vie d'Apollonius de Tyane

    APOLLONIUS de TYANE  SA VIE, SES VOYAGES, SES PRODIGESExtrait de

    APOLLONIUS de TYANE

    SA VIE, SES VOYAGES, SES PRODIGES

    Par Philostrate l’Ancien

    LIVRE III

    VOYAGE DANS L’INDE - LES BRACHMANES ET LEUR CHEF IARCHAS

    … [45] Damis a aussi consigné dans ses Mémoires un entretien qui eut lieu entre Apollonius et les sages au sujet des récits extraordinaires sur les animaux, les fontaines et les hommes de l’Inde. Je le rapporterai, moi aussi, parce qu’il est bon de ne pas tout en croire, de n’en pas tout rejeter. Apollonius demanda d’abord :

    « Est-il vrai qu’il existe ici un animal appelé martichoras?

    - Et que vous a-t-on dit, demanda Iarchas, sur cet animal ? Car il est probable que ce nom vous représente une forme quelconque.

    - On en conte des choses étranges, incroyables : c’est, dit-on, un quadrupède ; il a la tête d’un homme et la taille d’un lion ; sa queue est toute hérissée de poils longs d’une coudée et semblables à des épines, et il les lance comme des flèches contre ceux qui lui font la chasse. »

    Il interrogea encore Iarchas sur l’eau d’or qu’on dit jaillir d’une source; sur une pierre qui a la propriété de l’aimant; sur les hommes qui habitent sous terre; sur les Pygmées et les Sciapodes. Iarchas répondit :

    « Sur les animaux, les plantes et les fontaines que vous avez vues vous-même en venant ici, je n’ai rien à vous dire. C’est à vous de le rapporter à d’autres. Quant à un animal qui lance des flèches ou à une fontaine d’où coule de l’or, je n’en ai pas encore entendu parler ici.

    [46] « Pour ce qui est de la pierre qui attire les autres pierres et se les attache à elle-même, il n’y a pas à en douter. Il dépend de vous de voir cette pierre et d’en admirer les propriétés. La plus grande est de la taille de cet ongle (il montrait son pouce); on la trouve dans des creux de la terre, à quatre brasses de profondeur; elle est si pleine de vent qu’elle fait gonfler la terre, et que la production de cette pierre amène souvent des crevasses. Il n’est pas permis de la rechercher ; elle s’évanouit entre les mains, si on ne la prend par artifice. Nous sommes les seuls qui puissions l’extraire, grâce à certaines cérémonies et à certaines formules. Elle se nomme pantarbe. La nuit, elle donne de la lumière, comme le feu, tant elle est brillante et étincelante; le jour, elle éblouit les yeux par des milliers de reflets. Cette pierre a une force d’aspiration incroyable : elle attire tout ce qui est proche. Que dis-je, ce qui est proche? Vous pouvez plonger des pierres où vous voudrez, dans une rivière, dans la mer, non pas près les unes des autres, mais çà et là, au hasard ; si vous enfoncez de ce côté la pantarbe, elle les attire, et en quelque sorte les aspire toutes, et vous les voyez suspendues à elle en grappe, comme un essaim d’abeilles. »

    [47] Après avoir parlé ainsi, il montra à Iarchas la pantarbe et lui donna des preuves de ses propriétés. Il lui dit encore : « Les Pygmées habitent sous terre et vivent au-delà du Gange de la manière que l’on rapporte. Quant aux Sciapodes, aux Macrocéphales, et à tout ce que content sur eux les Mémoires de Scylax, ils n’existent ni dans l’Inde ni dans aucune autre partie de la terre.

    [48] « L’or qu’on dit que les griffons tirent de terre n’est autre chose que de la pierre parsemée de paillettes d’or, qui brillent comme des étincelles, pierre que cet animal brise avec son bec puissant. Cette sorte d’animal existe dans l’Inde; elle est consacrée au soleil, et les peintres qui, chez les Indiens, représentent ce dieu, le figurent sur un char attelé de quatre griffons. Pour la taille et la force ils ressemblent aux lions, et, comme ils ont sur eux l’avantage des ailes, ils ne craignent pas de les attaquer. Ils viennent à bout même des éléphants et des dragons. Leur vol est peu élevé, et semblable à celui des oiseaux qui l’ont le plus court: c’est qu’ils n’ont pas de plumes, comme les oiseaux; les côtes de leurs ailes sont jointes par des membranes rouges, de manière à leur permettre de voler en tournant et de combattre en l’air. Le tigre est le seul animal qu’ils ne puissent vaincre, parce qu’il court comme le vent.

    [49] « L’oiseau qu’on nomme phénix, et qui tous les cinq cents ans vient en Égypte, vole dans l’Inde pendant tout cet espace de temps. Il est seul de son espère. Il unit des rayons du soleil, est tout étincelant d’or, a la taille et la forme d’un aigle, et se pose sur un nid qu’il se fait lui-même avec des aromates près des sources du NiI. Quant à ce que disent les Égyptiens qu’il passe dans leur contrée, cela est confirmé par le témoignage des Indiens, qui ajoutent que le phénix se brûle dans son nid en se chantant à lui-même son hymne funèbre. C’est ce que disent aussi des cygnes ceux qui savent les écouter. »

    [50] Tels furent les objets dont Apollonios s’entretint avec les sages pendant les quatre mois qu’il passa auprès d’eux. Il fut admis à tous leurs discours, publics ou secrets. Quand il songea au départ, ils l’engagèrent à renvoyer à Phraote, avec une lettre, son guide et ses chameaux; puis, après lui avoir donné un autre guide et d’autres chameaux, lui firent la conduite, en le félicitant et en se félicitant eux-mêmes de son voyage. Enfin ils lui dirent adieu, l’assurant que, non seulement après sa mort, mais de son vivant même, il serait un dieu pour la plupart des hommes ; et ils revinrent au lieu de leurs méditations, se retournant souvent de son côté, et lui montrant par des gestes qu’ils se séparaient de lui à regret. Apollonius, après avoir quitté la sainte montagne, descendit vers la mer, ayant à sa droite le Gange, à sa gauche l’Hyphase. Ce voyage dura dix jours. Sur leur route, Apollonius et ses compagnons virent une grande quantité d’autruches, de bœufs sauvages, d’ânes, de lions, de panthères, de tigres, des singes différents de ceux qu’ils avaient vus autour des arbres à poivre: ceux-là étaient noirs et velus; ils avaient la forme de chiens et la taille de petits hommes. Tout en causant sur ce qu’ils voyaient, comme c’était leur coutume, ils arrivèrent à la mer, sur le bord de laquelle ils trouvèrent de petits entrepôts de commerce, et de petites embarcations semblables aux navires tyrrhéniens. La mer Érythrée, nous disent-ils, est très bleue, et son nom lui vient de l’ancien roi Érythras, qui le lui a donné lui-même.

    [51] Apollonius, en arrivant à la mer, renvoya les chameaux à Iarchas avec cette lettre: « Apollonius à Iarchas et aux autres sages, salut. Je suis allé chez vous par terre; non seulement vous m’avez frayé le chemin de la mer, mais votre sagesse m’a frayé le chemin du ciel. J’aurai soin de dire aux Grecs vos bienfaits, et je converserai encore avec vous, comme si vous étiez présents : car ce n’est pas en vain que j’aurai bu dans la coupe de Tantale. Adieu, les meilleurs des philosophes. »

    […]

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